L’investissement durable : une opportunité pour Genève

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Avec quelque 300 participants pour la 8ème édition du Geneva Forum for Sustainable Investment, l’investissement durable suscite un intérêt toujours plus grand de la part des investisseurs privés et institutionnels. Et comme le montre l’enquête réalisée par le Forum Nachhaltige Geldanlagen (FNG) et Swiss Sustainable Finance auprès de 41 institutions suisses, ce marché ne cesse de grandir. En effet, le montant total des capitaux gérés par des fonds de placement durables ou à travers des mandats durables a progressé de +39% en 2017 pour atteindre CHF 266.3 milliards. La part la plus importante (CHF 104.5 milliards) provient des actifs gérés en interne par les institutions, tandis que les mandats durables représentent CHF 97.6 milliards et les fonds de placement CHF 64.2 milliards. Les fonds de placement durables représentent désormais 7 % de l’ensemble du marché en Suisse.

La croissance de l’investissement durable s’est accélérée au cours des 2 dernières années, puisque les fonds de placement et mandats durables ne représentaient que CHF 10.7 milliards en 2005, puis ont atteint CHF 71.3 milliards en 2015 et ont bondi à CHF 161.8 milliards en 2016.

Avec 67% de tous les placements durables, la stratégie d’investissement la plus répandue en Suisse est l’exclusion de certains secteurs, activités ou pratiques jugées non souhaitables. Aux 4 premières places des critères d’exclusion, on trouve les violations des droits de l’homme, les violations du droit du travail, la corruption et les atteintes à l’environnement. Les critères sectoriels occupent les 6 places suivantes : les armes, le tabac, la pornographie, l’énergie nucléaire, les OGM et les jeux de hasard.

La 2ème stratégie d’investissement durable par ordre d’importance est celle des exclusions basées sur des normes fondamentales édictées par des organisations supranationales comme l’OIT, l’ONU ou les principes directeurs de l’OCDE.

L’intégration des critères ESG dans l’évaluation des entreprises constitue la principale stratégie des fonds de placement et mandats. La stratégie du dialogue actionnarial (gouvernance, changements climatiques, éthique d’entreprise) progresse fortement (+99%).

Privilégiée par les investisseurs privés, l’approche « Best-In-Class », qui était en tête jusqu’en 2014, n’occupe plus que la 5ème place du classement, du fait de l’arrivée massive des investisseurs institutionnels.

Le principal gérant d’actif suisse de l’investissement durable est J. Safra Sarasin (16.7% de part de marché), devant UBS (14.6%), Credit Suisse (11.0%), Vontobel + Raiffeisen (6.6%), Pictet (6.5%) et la Banque Cantonale de Zurich (4.0%).

Genève peut-être devenir la Silicon Valley de l’investissement durable ?

La table ronde réunissant Melchior de Muralt (associé de Pury Pictet Turrettini), Yves Mirabaud (Président de la Fondation Genève Place Financière) et Nicholas Niggli (Directeur à la Direction Générale du Développement Economique, de la Recherche et de l’Energie de l’Etat de Genève) a tenté de tracer des lignes directrices pour l’avenir de la place financière dans ce domaine.

D’après Melchior de Muralt, la réponse se trouve dans un lien plus étroit entre la rive gauche (la Finance) et la rive droite (les grandes organisations internationales, les ONG), dans le développement des partenariats public/privé. Pour Yves Mirabaud, il est temps d’améliorer la solidarité locale « en prenant le tram plutôt que l’avion » pour chercher son gérant. Pour Nicholas Niggli, il s’agit de mieux promouvoir notre expertise, le « faire-savoir » étant aussi important que le « savoir-faire ».

La place financière se trouve à la croisée des chemins et doit revoir son modèle d’affaires, notamment en s’adaptant à l’arrivée d’une nouvelle génération de clients. Or, les MiIlennials sont très motivés par les questions éthiques et l’investissement durable est donc une opportunité à saisir. Malgré les efforts des autorités pour développer l’asset management en Suisse, Melchior de Muralt estime qu’il s’agit d’un domaine où la concurrence des autres places financières est trop forte et qu’il vaudrait mieux capitaliser sur notre force : le wealth management.