Les banques privées suisses ne s’adaptent pas assez rapidement

La dernière étude du consultant KPMG portant sur 87 banques privées suisses montre que les résultats du secteur continuent à dépendre de façon excessive de l’évolution des marchés financiers.

Au niveau global, les banques privées de l’étude représentent CHF 2’514 milliards d’actifs et 37’853 collaborateurs (EPT).

Evolution des actifs en gestion des banques privées suisses (en CHF mias)

Comme l’a montré la sévère baisse de 2018, cette dépendance engendre une grande volatilité des résultats financiers. Cet état de fait est d’autant plus préoccupant qu’après 10 ans de bull market, il semble risqué de tabler sur une hausse régulière des bourses pour permettre la croissance future.

Par ailleurs, alors que leur modèle d’affaires est très lié aux résultats de gestion, les banques n’ont en général fait que peu de progrès pour développer leur capacité à générer de la performance. Elles n’ont pas non plus adapté leurs modèles pour dépendre moins des marchés et améliorer leur attractivité.

En conséquence, alors que la richesse mondiale augmente, les entrées nettes d’argent frais n’ont progressé que de 0.2% en 2018 en termes globaux, tandis que la moitié des établissements a enregistré des sorties nettes.

La Suisse perd ainsi du terrain par rapport à d’autres places financières et les explications des dernières années (crise financière, fin du secret bancaire, échange automatique d’informations, poids de la réglementation) ne peuvent plus aujourd’hui justifier cette stagnation.

Force est de constater que les banques ne parviennent pas à améliorer leur efficacité. Leurs charges continuent donc d’augmenter, notamment du fait des frais de personnel qui représentent 70% du total. En conséquence, les marges d’exploitation ont baissé à 88 points de base, un recul de 5 points. Ce ne sont pas moins de 16 banques, soit 18% de l’échantillon, qui ont connu une perte opérationnelle en 2018.

Les seules banques privées qui tirent leur épingle du jeu sont celles qui ont des actifs en gestion supérieurs à CHF 100 milliards d’actifs. En effet, celles-ci disposent d’un réseau international important, notamment dans les marchés émergents, et possèdent les ressources nécessaires pour investir, développer leur activité et améliorer leur efficience opérationnelle.

Malgré cette pression sur les marges, le processus de consolidation reste très lent et seuls 8 établissements ont disparu au cours des 18 derniers mois, portant à 101 le nombre total de banques à fin juin 2019.

Malgré une activité record en matière de fusions & acquisitions, il n’y a guère des transactions réellement transformatrices. Ces opérations sont surtout les fait de banques qui cherchent à modifier la répartition géographique de leur activité mais n’ont pas d’effet sur les actifs globaux gérés par les banques privées suisses.

Les explications de cette faible remise en question sont peut-être à chercher du côté des dirigeants. En effet, qu’il s’agisse du Conseil d’administration ou de la Direction, on ne voit guère de renouvellement. L’âge moyen d’un membre du Conseil est ainsi passé de 59 ans en 2012 à 62 ans en 2018. Pour sa part, l’âge d’un membre du Comité Exécutif  a augmenté d’un an à 52 ans. Les instances dirigeantes (CA et direction) font également preuve d’une faible diversité, avec moins de 10% des femmes. Peut-être plus inquiétante est l’absence de sanction face à cette situation : plus de 40% des banques n’ont pas changé leur CEO depuis 7 ans.