Conférence d’investissement Notz Stucki : La Chine se profile comme une puissance mondiale

Finance Corner - Notz Stucki Conference Notz Stucki Conference

La société de gestion d’actifs genevoise Notz Stucki a tenu le 8 janvier sa traditionnelle conférence d’investissement de début d’année. Réunissant une centaine de participants locaux et étrangers, l’événement a été l’occasion pour les 3 orateurs invités de confronter leurs points de vue sur l’année écoulée et sur les perspectives pour les mois à venir.

Pour Louis-Vincent Gave, CEO de Gavekal, les besoins énormes du gouvernement US entraînent une pénurie de liquidités. La prochaine crise pourrait donc provenir du marché de la dette corporate US, qui atteint des niveaux records et qui n’a en général pas servi à financer des investissements productifs mais plutôt à assurer le service de la dette ou à des programmes de rachat d’actions. Par ailleurs, du fait de la part grandissante de la production domestique, la baisse des prix du pétrole a désormais des effets négatifs sur les États-Unis et risque d’entraîner une baisse de la production industrielle. La Fed devrait donc se montrer plus accommodante au cours des prochains mois. Mais le risque principal vient du changement de leadership entre la Chine et les USA qui pourrait déclencher une nouvelle guerre froide, bien plus problématique qu’avec l’Union soviétique du fait de l’intégration très forte de l’Empire du Milieu dans l’économie mondiale. La Chine souhaite clairement remettre en cause la domination du dollar en tant que monnaie de réserve. En liant de plus les économies de la région à la sienne, elles pourrait imposer à terme le renminbi comme 3ème monnaie d’échange mondiale. Dans ce contexte, l’Asie reste la zone à privilégier, avec des actions faiblement valorisées et des rendement obligataires attrayants.

Pour sa part, Andrew Jackson, Head of Fixed Income chez Hermes Investment Management, estime également que les marches sont très incertains, avec des changements culturels majeurs, une disruption technologique à tous les niveaux et une mauvaise compréhension de la position de la Chine. Mais si l’endettement, notamment sur les segments de moins bonne qualité, a fortement augmenté, les entreprises sont toutefois bien mieux préparées qu’en 2008, notamment avec des échéances plus longues. Il y a donc moins de risque que lors de la crise financière, d’autant moins que les banques européennes ne sont plus si fragiles. Les inquiétudes macroéconomiques ne se reflètent d’ailleurs pas dans la réalité des entreprises. La valorisation des entreprises du S&P500 s’est normalisée et la correction des FAANG reste raisonnable. Enfin, si trois risques majeurs obscurcissent le tableau, c’est-à-dire la fin de la plus longue expérience financière de l’Histoire, la montée des populismes et du protectionnisme, avec la fin de la sécurité juridique qui les accompagne, et le changement climatique, il faut relever que les couvertures sont bon marché. En termes d’investissement, il convient de favoriser l’Europe (High Yield et Investment Grade) et les marchés émergents, au détriment des États-Unis.

Enfin, Al Breach, co-fondateur de Gemsstock, a conclu l’événement en posant la question de comment investir dans un environnement de primes de risque en hausse. Aux USA, malgré l’effet de richesse indéniable entraîné par la forte baisse des marchés, le ralentissement économique devrait rester limité, car il n’y a pas de grands déséquilibres au niveau macro-économique et la consommation sera soutenue par le faible niveau du chômage et des salaires stables. Toutefois, comme relevé précédemment, la baisse du prix du pétrole ne bénéficie pas autant qu’avant aux USA qui ont désormais une forte production domestique. Il faudrait donc que le cours du brut ne passe pas sous la barre des USD 50. Pour sa part, après 2 décennies de croissance, la Chine connaît un véritable ralentissement économique, avec la menace d’un scénario à la japonaise. En conclusion, on se trouve dans une décélération de milieu de cycle, avec une récession possible dans le secteur manufacturier. Toutefois, l’incertitude demeura forte jusqu’au résultat des discussions entre la Chine et les USA à mi-février et les prochaines décisions de la Fed sur les taux d’intérêt. D’un point de vue d’investissement, la prudence reste donc de mise et il n’y a pas grand-chose à faire du côté des obligations, ni des actions. Quelques opportunités existent toutefois sur les marchés émergents au niveau de la dette et des changes.